Escroquerie via Mobile Money : un individu interpellé par la BCLCC, les commerçants appelés à la vigilance

Vous pensez que recevoir une notification de paiement Mobile Money suffit pour valider une vente en toute sécurité ? Découvrez l'astuce redoutable et pourtant si banale qu'utilisait ce faux client pour repartir avec la marchandise tout en récupérant son argent.

Juin 19, 2026 - 22:25
Mis à jour: 7 heures il y a
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Escroquerie via Mobile Money : un individu interpellé par la BCLCC, les commerçants appelés à la vigilance
Escroquerie via Mobile Money : un individu interpellé par la BCLCC, les commerçants appelés à la vigilance (image d'illustration)
Escroquerie via Mobile Money : un individu interpellé par la BCLCC, les commerçants appelés à la vigilance

Le Mobile Money a changé la vie de beaucoup de commerçants. Plus besoin de manipuler trop de cash. Le client paie vite, le vendeur reçoit une notification, la marchandise sort, et chacun continue sa journée. Simple, pratique, presque rassurant.

Presque.

Car derrière cette facilité, certains cyberdélinquants trouvent des failles. Pas forcément des failles techniques spectaculaires, comme dans les films. Non. Parfois, c’est plus banal, plus sournois : une procédure mal comprise, une transaction pas encore totalement sécurisée, un commerçant pressé, une confiance accordée un peu trop vite. Et voilà comment une vente peut se transformer en perte sèche.

C’est justement ce que rappelle une affaire récente traitée par la Brigade Centrale de Lutte Contre la Cybercriminalité (BCLCC) au Burkina Faso. Un individu, identifié par les initiales S.H., a été interpellé pour des faits présumés d’escroquerie commis au moyen des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC).

Une histoire qui mérite l’attention de tous les commerçants, gérants de boutiques, PME et petites entreprises. Parce que, franchement, cela peut arriver à n’importe qui.

Un paiement reçu… puis annulé : le piège est là

Selon les éléments rapportés par la BCLCC, l’affaire démarre après une plainte déposée auprès de sa Division des Enquêtes (DE). Les investigations menées auraient permis de comprendre le mode opératoire du suspect.

Le procédé était assez simple, et c’est bien ce qui le rend dangereux.

S.H. se rendait dans plusieurs boutiques vendant du matériel ou des produits divers. Il choisissait les articles qui l’intéressaient, discutait avec le commerçant, puis concluait l’achat. Jusque-là, rien d’anormal. Un client entre, choisit, paie. La routine.

Au moment du règlement, il insistait pour payer par Mobile Money. Le transfert était effectué. Le commerçant, voyant le paiement ou recevant une forme de confirmation, remettait les marchandises. Puis le client repartait.

Mais après coup, selon la BCLCC, l’individu contactait l’opérateur de téléphonie concerné pour demander le blocage de la transaction, en avançant de faux prétextes. Résultat : les fonds étaient recrédités sur son compte, pendant que les marchandises, elles, avaient déjà quitté la boutique.

C’est le genre de situation qui fait mal. Pas seulement au portefeuille. À la confiance aussi.

Pourquoi cette escroquerie fonctionne-t-elle si bien ?

Parce qu’elle joue sur un réflexe normal : quand on voit un paiement, on pense que l’argent est acquis. En boutique, surtout quand il y a du monde, personne n’a envie de ralentir la file. Le vendeur veut servir vite. Le client paraît sûr de lui. Parfois, il parle bien, il presse un peu, il donne l’impression d’être habitué aux achats.

Et puis le Mobile Money est devenu un geste quotidien. On paie le transport, les factures, les fournisseurs, les petits achats, les grosses commandes. Tout passe par le téléphone. C’est pratique, oui. Mais pratique ne veut pas dire sans risque.

Le danger, ici, ne vient pas seulement de l’application ou de l’opérateur. Il vient aussi du moment critique entre le paiement annoncé et le paiement réellement confirmé. C’est une zone grise. Une petite porte entrouverte. Et certains savent très bien s’y glisser.

Pour une PME, une boutique de téléphones, un vendeur de matériel informatique, une quincaillerie ou même un commerce de produits alimentaires en gros, quelques transactions frauduleuses peuvent créer un vrai trou dans la trésorerie. On ne parle pas d’un simple désagrément. On parle de stock perdu, de marge envolée, de dettes fournisseur qui attendent toujours.

Le bon réflexe : ne pas confondre notification et sécurité

La BCLCC invite les commerçants à faire preuve d’une vigilance accrue lors des paiements par Mobile Money. Ce n’est pas un appel à refuser ce moyen de paiement. Loin de là. Le Mobile Money reste un outil précieux pour le commerce, surtout dans un contexte où la rapidité compte.

Mais il faut l’encadrer.

Premier conseil important : privilégier les SIM marchands. Ces comptes sont conçus pour les activités commerciales et offrent en général un cadre plus adapté que les comptes personnels. Ils permettent souvent une meilleure traçabilité et réduisent certains risques liés aux transactions classiques entre particuliers.

Ensuite, il faut s’assurer du caractère définitif du paiement avant de remettre la marchandise. Oui, cela peut prendre quelques minutes. Oui, le client peut s’impatienter. Mais entre perdre une vente et perdre à la fois la marchandise et l’argent, le calcul est vite fait.

Un commerçant peut, par exemple, mettre en place une petite règle claire, affichée au comptoir :

  • marchandise remise uniquement après confirmation effective du paiement ;
  • gros montants vérifiés avec plus d’attention ;
  • paiement Mobile Money reçu sur SIM marchand uniquement ;
  • identité du client relevée pour certaines ventes sensibles ;
  • reçu ou preuve de transaction conservé.

Rien de compliqué. Juste un peu de discipline. Comme fermer la caisse, vérifier un billet ou contrôler une livraison.

Les signaux qui doivent vous mettre la puce à l’oreille

Un client qui refuse un autre moyen de paiement n’est pas forcément suspect. Un client pressé non plus. Mais certains comportements doivent alerter.

Par exemple, si une personne insiste lourdement pour payer par Mobile Money alors que la transaction semble confuse, il faut ralentir. Si elle demande la remise immédiate d’articles coûteux avant confirmation nette du paiement, prudence. Si elle évite de donner son identité, change de numéro, ou raconte une histoire compliquée pour justifier l’urgence, là aussi, mieux vaut marquer une pause.

Vous savez quoi ? Dans beaucoup d’arnaques, le vrai outil du fraudeur, ce n’est pas le téléphone. C’est la précipitation. Il veut que vous décidiez vite. Trop vite.

Un bon commerçant sait vendre. Mais un bon commerçant sait aussi dire : “Un instant, je vérifie.” Cette phrase peut sauver une journée entière de travail.

En cas de doute, gardez les preuves

Si vous êtes victime ou témoin d’une tentative d’escroquerie, il ne faut pas tout effacer sous le coup de la colère. Conservez les éléments utiles : numéro de téléphone, captures d’écran, reçu de transaction, messages échangés, description de la personne, images de vidéosurveillance si votre boutique en dispose, facture des marchandises remises.

Ces détails peuvent aider les enquêteurs.

La BCLCC, qui dispose d’une compétence préférentielle au Burkina Faso pour les enquêtes liées aux infractions informatiques ou facilitées par les TIC, encourage le signalement des cas suspects via la plateforme Alerte-BCLCC.

Signaler, ce n’est pas “faire des histoires”. C’est protéger son commerce, mais aussi prévenir d’autres victimes. Car un fraudeur qui réussit dans une boutique tente souvent sa chance ailleurs. Même méthode, autre quartier, autre commerçant.

Le Mobile Money reste utile, à condition de vendre les yeux ouverts

Il ne s’agit pas de diaboliser le Mobile Money. Ce serait une erreur. Cet outil rend de grands services aux commerçants, aux clients, aux fournisseurs et aux petites entreprises. Il fluidifie les paiements et limite les risques liés au transport d’espèces.

Mais comme tout outil financier, il demande des règles. Une caisse sans contrôle attire les problèmes. Un paiement numérique sans vérification aussi.

L’affaire de S.H., présumé cyber escroc interpellé par la BCLCC, sert donc d’avertissement. Pas pour faire peur. Pour réveiller l’attention.

Commerçants, responsables de PME, vendeurs en boutique : prenez quelques minutes pour revoir vos procédures de paiement. Formez vos vendeurs. Affichez vos règles. Utilisez une SIM marchand. Vérifiez avant de remettre la marchandise.

Parce qu’une vente réussie, ce n’est pas seulement un produit qui sort. C’est aussi un paiement qui reste.

NB : Cet article est basé sur une publication Facebook de BCLCC - Brigade Centrale de Lutte Contre la Cybercriminalité, et est publié à des fins purement informatives et pédagogiques dans le cadre de la mission de sensibilisation à la cybersécurité d'Innov' Médias.

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